Mon premier policier "Les hortensias de Locvarec'h"

Publié le par Joce

Voici un extrait de mon premier polar, "Les hortensias de Locvarec'h", entre landes et falaises bretonnes...

Toujours publié chez The Book Edition.

 

 

 

 

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Charles descend de sa voiture. Il est furieux. Les deux roues avant sont embourbées. Impossible de repartir.

Que faire sur cette lande déserte ?

Pas âme qui vive à la ronde.

Il s’en veut d’avoir accepté cette mission.

Il oublie seulement qu’on ne lui a pas laissé le choix !

Tant pis pour lui.

Et maintenant, il est là, tout seul.

La nuit commence à tomber. Il ne peut pas rester là. Il est encore loin du commissariat le plus proche où il pourrait se réfugier et son portable ne passe pas !

Il sort de l’auto, remonte son col, prend son sac de voyage, son ordinateur.

Il est chargé comme un baudet.

Le vent est froid, la pluie piquante.

Charles est vraiment de méchante humeur.

Ses chaussures se couvrent de boue, des Weston à ce prix, quel gâchis !

Il suit la route, espère trouver un endroit pour la nuit.

Demain il fera jour. Il sera temps de s’occuper de la voiture et rejoindre l’inspecteur en charge du dossier.

« Rouvrir un dossier poussiéreux, quel intérêt après un an ? »

Vigan, son supérieur a vraiment voulu le mettre sur la voie de garage.

« Qu’est-ce qu’il croit ?

La Bretagne ce n’est pas le pôle nord !

Je rentrerai à Paris tous les week-ends. Voilà tout. »

En attendant il faut trouver un abri.

Le chemin monte toujours.

Les bourrasques de vent lui jettent des paquets de pluie en plein visage.

Il est trempé.

Il marche, la tête baissée, les yeux mi-clos, essayant de ne pas perdre de vue la chaussée boueuse.

Charles écoute le vent et commence à distinguer le bruit des vagues.

La mer est là-bas, à l’à-pic de la falaise.

Il lève la tête, essaie de se repérer dans le crépuscule et voit enfin une lueur.

Une maison sort de nulle part. Il accélère le pas.

Les buissons d'ajoncs succèdent aux bruyères, bientôt des hortensias énormes prennent appui sur les murets de pierre. Il revient vers la civilisation.

Charles s’approche de la maison.

Une porte vitrée est éclairée.

Il distingue une silhouette massive près d’une table, toque à la porte.

La silhouette se tourne et lui dit d’entrer.

- Bonsoir ! Quel temps de chien ! Charles essuie ses pieds sur le paillasson.

- Breton.

- Comment ?

- Breton. Le temps !

- Ah oui. Bien sûr ! Excusez-moi d’arriver comme ça. Ma voiture est embourbée pas très loin. Pouvez-vous m’indiquer un endroit où je pourrai passer la nuit ?

- Ici ?

- Si c’est possible, oui.

- Mariannick est en haut. Elle va descendre. Asseyez-vous, il y a des haricots à écosser pour la soupe de demain, donnez-moi un coup de main.

Charles pose son sac, quitte son blouson mouillé, trouve un porte manteau.

Il s’assoit et commence son ouvrage. Les fanes sur le journal, les haricots blancs dans la passoire.

Il prend le rythme et regarde ce drôle de bonhomme en face de lui.

Épaules larges, visage carré, buriné, cheveux rares, coupés en brosse, une vareuse bleue délavée de pêcheur.

Les yeux sont bleus.

Une petite soixantaine, l’air bourru mais plutôt sympathique.

- Ça ne fait pas de mal un peu d’aide. Ils se défilent tous quand il faut donner un coup de main en cuisine !

- Charles Constantin. Il lui tend la main. Enchanté.

- Yvan Prier. Il lui serre la main.

Un pas dans l’escalier et une femme fait son entrée, surprise de voir un inconnu écosser des haricots dans sa maison.

- Bonsoir monsieur, c’est le temps qui vous a poussé jusqu’ici ?

- C’est exact. Bonsoir madame, je suis Charles Constantin et ma voiture est sur la falaise, bloquée dans la boue. Vous êtes ?…

- Mariannick. Elle sourit, tend la main.

- Bienvenue à «la maison des  Hortensias». J'ai une chambre libre. Si vous la voulez, elle est à vous !

- Pour cette nuit, je veux bien.

- Suivez-moi, je vous montre…

- Et qui va m’aider pour les haricots ?

- Je reviens ! dit Charles en suivant Mariannick.

Charles, dans le sillage de cette femme avenante, rousse, charmante, un peu gironde, se dit qu’il va peut être passer plus d'une nuit ici… Elle inspire la sympathie.

En la suivant dans l’escalier, Charles sourit, content tout à coup de ce contretemps.

Il règne dans la maison une atmosphère bon enfant. Une bonne odeur de cuisine les accompagne. Sur les murs il y a des photos de phares.

- Voilà la chambre, ça vous plaît ?

- Très bien, je la prends.

Les rideaux et la couette sont bleu marine. Sur les murs blancs, des photos d’oiseaux de mer et de bateaux de pêche. Sur la table, une mouette en bois.

Comme tête de lit, un coucher de soleil sur une falaise.

Toute la décoration respire la Bretagne.

Mariannick s’amuse de voir Charles détailler les lieux.

Cette chambre est belle, elle le sait. C’est elle qui a tout décoré à son goût.

Elle aime sa maison de granit battue par les vents.

Le soleil, quand il se couche dans les vagues en embrasant les bruyères, est un vrai bonheur, souvent renouvelé.

Chaque chambre a un poster en tête de lit représentant le paysage vu de la fenêtre.

Charles, comme les autres, sera surpris quand il reconnaîtra la vue en photo sur le mur !

Charles se prépare à redescendre.

Il n’oublie pas qu’il a promis d’aider en cuisine.

- Nous nous mettons à table à dix-neuf heures trente environ. Vous ferez la connaissance des autres pensionnaires à ce moment là.

- Ça sent très bon ! s’exclame Charles en regagnant la grande salle.

- Normal, ce sont les moules ! Mariannick a une recette secrète pour la sauce. Vous verrez, la table est très bonne, c’est une très bonne maison !

Ils sont maintenant trois à terminer les haricots.

- Bonsoir, Maxime de Villeneuve, mais tout le monde m’appelle Outremer.

- Outremer peint la mer ! Tous les jours, toute l'année, par tous les temps ! ajoute Yvan.

- Si vous aviez vu ce ciel tourmenté juste avant la tempête ! Il m’est impossible de ne pas peindre ce que je vois. C’est tellement beau ! Ce soir, c’était un ciel de fin du monde.

Puis il ajoute en se tournant vers Charles

- N’est-ce pas votre avis ?

Charles n’a pas le temps de répondre. Une femme d’un certain âge est entrée.

- Bonsoir monsieur, je suis Mathilde.

Son visage est doux, auréolé de boucles blanches.

Vêtue d’un chemisier blanc de fine dentelle, elle semble aérienne, éthérée, vaporeuse. Seul le regard triste laisse deviner une profonde souffrance.

Charles se présente à la vieille dame.

Entre alors un jeune garçon échevelé, une mèche brune ruisselant dans le regard franc et direct.

- Gaël, le fils de Mariannick.

Et il s’éclipse dans un couloir, laissant une flaque sur le paillasson.

Charles monte se changer avant le repas. Il nettoie minutieusement ses chaussures. Il n’y a pas trop de dégâts mais elles restent humides. Elles ont la nuit pour sécher.

La douche chaude est la bienvenue.

Les serviettes de bain sont moelleuses, bleues, avec des vagues blanches.

Sur les murs de la salle de bains, des carreaux gris avec un joli motif de coquillages. Tout, dans cette chambre, rappelle la mer.

Charles aime ce décor, il se sent à l'aise.

Il enfile un pull marin, un jean et des mocassins.

Il se regarde dans la glace. Le reflet est plaisant. Ses cheveux châtains frisent, il n’a pas envie de les discipliner.

Quand il arrive dans la grande salle à manger, ils sont tous attablés.

Mariannick sert de grandes louches de moules.

La table est accueillante. Une grosse motte de beurre salé, une belle corbeille de pain bis, des bouteilles de cidre, une de vin blanc.

Charles prend la dernière place libre, en face de Mariannick. A sa gauche, Yvan, n’a pas quitté sa place depuis les haricots. A sa droite, en bout de table, il y a Gaël.

Mathilde est à l’autre bout, entre Outremer et Yvan.

Outremer tartine méticuleusement son pain, Mathilde observe Charles à la dérobée, Yvan et Gaël attaquent les moules.

Les premières minutes sont silencieuses.

Tout le monde mange avec un plaisir évident.

Outremer est le premier à rompre le silence.

- Oh, Mariannick ! C’est délicieux !

Charles renchérit.

Yvan ajoute.

- C’est un vrai plaisir, il faudra bien nous le dire un jour, le secret de ta sauce !C’est comment dire… une pointe anisée… bien relevé, et il y a quelque chose que je ne reconnais pas… bref, on en mange deux fois par semaine pendant la saison, et je ne m’en lasse pas !

- Vous ne savez pas encore, Charles, mais tout ce que cuisine Mariannick est exceptionnel !

Mariannick rit de bon cœur.

- Vous ne croyez pas que vous exagérez un peu, tous les deux ? Une bonne sauce avec de mauvais coquillages serait immangeable !

- Oui mais, osez dire que vous n’aimez pas les compliments ! ajoute Outremer en se léchant les doigts.

Le repas se passe, chaleureux, convivial.

Dans les rares silences, le vent reprend la parole.

Charles est surpris. Content. Le cidre, les moules, le fromage… le dessert !

- Kouign amann. Vous dites ? Un délice !

- On n’en mange pas tous les jours. C’est que du beurre et du sucre !

- Ah ! Oui, mais qu’est-ce que c’est bon ! C’est mon péché mignon, ajoute Mathilde en se resservant.

Les autres rient de bon cœur.

Publié dans loisirs et culture

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Commenter cet article

christine 08/08/2013 23:21


Je ne suis pas encore inscrite sur facebook (mais ça va venir) pour dire que  j'aime  les hortensias de
Locvarec'h. J'ai adoré ce bouquin et j'aimerais une suite, des suites ... et d'autres  histoires aussi, encore et encore. Alors à votre plume madame ! J'attends.....